
La découverte est spectaculaire. Au fond d’un gouffre de plus de trente mètres, situé dans une forêt du Jura, entre Pont-du-Navoy et Picarreau, les gendarmes, accompagnés d’agents de l’Office français de la biodiversité et de spéléologues, ont mis au jour une cinquantaine de sacs contenant des carcasses ou des restes d’animaux. Selon les premières constatations, il pourrait s’agir de cervidés. Immédiatement, l’hypothèse du braconnage a été évoquée. Pourtant, à ce stade de l’enquête, les faits connus ne permettent pas d’affirmer que ces animaux ont été prélevés illégalement. Une nuance importante qui mérite d’être rappelée alors que les spéculations ne manqueront pas d’alimenter les débats.
Une découverte qui soulève de nombreuses questions
Personne ne contestera la gravité de la situation. Jeter des sacs remplis de carcasses animales dans un gouffre constitue un dépôt sauvage particulièrement choquant, d’autant plus lorsqu’il semble s’être constitué au fil des années. La difficulté réside dans l’interprétation de ce qui a été découvert. Les enquêteurs ont identifié des restes qui semblent appartenir à des cervidés, mais rien ne permet encore de savoir dans quelles circonstances ces animaux ont été prélevés. S’agit-il d’animaux braconnés puis dissimulés pour effacer toute trace d’une activité illégale ? Ou bien de déchets issus d’animaux prélevés légalement mais abandonnés clandestinement dans la nature afin d’éviter les contraintes liées à leur élimination ? Entre ces deux hypothèses, les conséquences judiciaires sont loin d’être les mêmes. Les analyses qui seront menées sur les ossements, les restes retrouvés et leur état de conservation pourraient permettre de déterminer l’ancienneté des dépôts, le nombre réel d’animaux concernés et peut-être même les circonstances de leur mort.
Dépôt sauvage et braconnage : deux infractions différentes
Dans l’opinion publique, la découverte de carcasses d’animaux sauvages conduit souvent à conclure immédiatement à des actes de braconnage. Pourtant, le raisonnement est plus complexe. Le braconnage suppose un prélèvement illégal de la faune sauvage. Pour l’établir, il faudra démontrer que les animaux ont été tués en dehors du cadre réglementaire, sans autorisation ou par des moyens interdits. En revanche, l’abandon de déchets dans la nature constitue déjà une infraction caractérisée. Que les animaux aient été prélevés légalement ou non, le fait de se débarrasser de restes animaux dans un gouffre naturel est totalement prohibé. Autrement dit, même si les cervidés provenaient d’animaux chassés dans le respect de la réglementation, le comportement consistant à les jeter dans un tel site demeurerait répréhensible.
Ne pas condamner avant les conclusions de l’enquête
Cette affaire rappelle combien il est important de distinguer les faits établis des hypothèses. Les chasseurs sont souvent les premiers à réclamer que toute la lumière soit faite lorsqu’un soupçon de braconnage apparaît. Les prélèvements illégaux portent atteinte à la gestion durable du gibier, aux efforts réalisés sur le terrain et à l’image de l’ensemble du monde cynégétique. Mais la même exigence de rigueur impose également d’attendre les résultats de l’enquête avant de désigner des coupables ou de qualifier les faits. L’Office français de la biodiversité poursuit désormais les investigations afin d’identifier l’origine des carcasses et les auteurs de ce dépôt sauvage. Les réponses obtenues permettront peut-être de comprendre si l’on est face à une simple, mais grave, affaire d’abandon de déchets, ou à un dossier de braconnage d’une ampleur bien plus importante. D’ici là, une certitude demeure : ce qui a été découvert au fond de ce gouffre n’a rien à faire dans la nature.
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