
Sur les grands causses aveyronnais, les murets de pierre sèche et les cazelles font partie du paysage depuis des siècles. Témoins silencieux du pastoralisme qui a façonné ces territoires, ils racontent l’histoire des bergers, des troupeaux et d’un équilibre ancien entre l’homme et la nature. Aujourd’hui, alors que la Fédération départementale des chasseurs de l’Aveyron poursuit son vaste travail de restauration des pelouses sèches du Causse Comtal, ces ouvrages retrouvent progressivement leur place grâce à la passion d’hommes attachés à ce patrimoine exceptionnel.
Restaurer un patrimoine façonné par les bergers
Parmi eux, Éric Gross fait figure de référence. Passionné par les techniques traditionnelles de construction en pierre sèche, il s’est fortement investi dans les travaux menés sur l’Espace Naturel Sensible de la réserve de chasse du Causse Comtal. Avec Didier Combret et Laurent Agator, il a déjà participé à la restauration de plusieurs cazelles et de nombreux murets. Ces ouvrages ne sont pas de simples vestiges du passé. Ils rappellent qu’autrefois les troupeaux parcouraient quotidiennement le causse, maintenant les pelouses ouvertes et favorisant une biodiversité aujourd’hui reconnue comme remarquable. Leur préservation participe ainsi à conserver l’identité même du paysage caussenard.

Quand la gestion cynégétique rejoint la biodiversité
Depuis plus de vingt ans, la Fédération des chasseurs de l’Aveyron mène un travail considérable sur le Causse Comtal. Réouverture des milieux embroussaillés, retour du pâturage ovin, création de mares, restauration des dolines, réhabilitation de murets et de cazelles : autant d’actions qui ont permis de redonner vie à plus de 200 hectares de pelouses sèches. Pour les chasseurs, ces réalisations dépassent largement la seule question du patrimoine bâti. Les murs de pierre sèche constituent de véritables refuges pour la petite faune. Insectes, lézards, micromammifères et de nombreuses espèces d’oiseaux y trouvent abri, nourriture ou sites de reproduction. Chaque pierre remise en place contribue ainsi à reconstruire les équilibres écologiques qui profitent à l’ensemble de la faune sauvage.
Une aventure collective tournée vers l’avenir
Aujourd’hui, Éric Gross souhaite poursuivre cette œuvre de restauration sur l’ENS du Causse Comtal. Mais ces chantiers exigent du temps, du savoir-faire et surtout des bras. Consciente de l’intérêt écologique et patrimonial de ces réalisations, la Fédération départementale des chasseurs travaille à mobiliser des établissements scolaires afin d’associer les jeunes générations à cette transmission de savoirs ancestraux. L’initiative mérite d’être saluée. Dans une époque où l’on parle souvent de biodiversité de manière abstraite, ces chantiers démontrent qu’il est possible d’agir concrètement sur le terrain. Restaurer un muret de pierre sèche, c’est préserver un héritage culturel, favoriser la petite faune, soutenir les paysages ouverts et transmettre aux générations futures une part essentielle de l’âme du causse. Une démarche exemplaire qui illustre parfaitement le rôle que peuvent jouer les chasseurs dans la préservation active de nos territoires ruraux.
Crédit photo: Fédération départementale des chasseurs de l’Aveyron
