Loup : derrière la conférence de Jean-Marc Landry, les questions qui dérangent sur la coexistence

Invité récemment à Prémanon pour une conférence consacrée aux enjeux de la cohabitation avec le loup, Jean-Marc Landry a réuni près d’une centaine de personnes autour d’un sujet qui continue de diviser profondément le monde rural. Présenté comme biologiste et éthologue, le Suisse est devenu au fil des années l’une des figures les plus médiatiques de la coexistence entre les activités humaines et les grands prédateurs. Une recherche approfondie sur son parcours montre qu’il est bien biologiste de formation et titulaire d’un Master of Science. Auteur de plusieurs publications scientifiques, notamment sur les chiens de protection, il n’est cependant ni docteur en biologie ni chercheur universitaire au sens académique du terme. Son expertise s’est principalement construite sur le terrain et autour des dispositifs de protection des troupeaux. C’est précisément là que naissent les critiques car ses détracteurs lui reprochent moins ses qualifications que sa vision jugée parfois militante ou intéressée de la coexistence avec le loup et la place centrale qu’il accorde aux chiens de protection. Ceci tient notamment au fait qu’il dirige lui-même des structures dont l’objet est précisément de développer les outils de coexistence entre élevage et grands prédateurs. Cela ne retire rien à ses compétences, mais cela alimente les accusations de manque de distance vis-à-vis du sujet. Au-delà de la personnalité de l’intervenant, la conférence de Prémanon soulève plusieurs interrogations auxquelles le monde cynégétique ne peut rester indifférent.

La coexistence : un concept séduisant mais confronté aux réalités du terrain

Durant son intervention, Jean-Marc Landry a largement insisté sur les moyens de protection des troupeaux, les clôtures renforcées, les parcs de nuit, la surveillance accrue et les chiens de protection. Ces outils ont indéniablement leur utilité et personne ne conteste leur intérêt lorsqu’ils sont adaptés au contexte local. Mais la question centrale demeure entière, car peuvent-ils réellement répondre à l’expansion continue du loup sur l’ensemble du territoire ? Dans de nombreuses régions, les prédations persistent malgré la mise en place de dispositifs pourtant conformes aux recommandations officielles. Le débat ne porte donc plus seulement sur la protection des troupeaux, mais sur la capacité réelle de ces mesures à accompagner durablement une population de loups en constante progression.

Les chiens de protection : solution efficace ou réponse incomplète ?

Jean-Marc Landry demeure l’un des principaux promoteurs des chiens de protection en Europe. Pourtant, même certaines études auxquelles il a participé montrent que la présence de ces chiens ne supprime pas systématiquement les attaques. Les chasseurs, les éleveurs et de nombreux usagers de la montagne constatent également l’émergence de nouvelles difficultés, avec des conflits avec les randonneurs, des tensions avec les propriétaires de chiens, des contraintes supplémentaires pour les activités de pleine nature. La protection des troupeaux est nécessaire, mais elle déplace parfois le problème sans toujours le résoudre complètement. Le sujet mérite donc davantage qu’une opposition caricaturale entre partisans et adversaires des patous. Il exige une évaluation objective de leurs résultats réels et de leurs conséquences sur les autres usages de l’espace rural et de leur coût pour la collectivité…

La régulation du loup reste une question incontournable

L’autre point sensible concerne les tirs de prélèvement. Jean-Marc Landry défend une approche ciblée visant uniquement les individus responsables de dommages. Cette position repose sur une logique scientifique respectable, mais oublie certainement que tous les loups sont des prédateurs. Cependant, elle se heurte à une réalité souvent soulignée par les acteurs de terrain car comment identifier avec certitude un individu précis dans une population mobile et en expansion ? Une tâche pour le moins extrêmement complexe. Dans plusieurs pays européens, les autorités ont progressivement évolué vers des dispositifs de régulation plus souples afin de contenir les impacts économiques et sociaux de la prédation. Pour le monde cynégétique, la question n’est pas de choisir entre protection et régulation. Elle consiste à trouver un équilibre réaliste entre conservation du prédateur, maintien du pastoralisme, préservation de la biodiversité et des effectifs d’ongulés notamment, enfin acceptabilité sociale. Tant que cet équilibre ne sera pas atteint, le débat sur le loup continuera de susciter autant de passions que de controverses. La conférence de Prémanon a eu le mérite de rappeler que le loup n’est plus seulement une question biologique. Il est devenu un sujet de société majeur. Plus que jamais, les chasseurs ont toute leur place dans ce débat, non pas pour alimenter les oppositions, mais pour apporter leur connaissance du terrain et défendre une gestion pragmatique de la faune sauvage.

Cet article est paru en premier sur CHASSONS