
Le Conservatoire d’Espaces Naturels d’Auvergne vient de lancer Alti’Chênes, une expérimentation inédite en France visant à accompagner la migration du chêne vers les étages montagnards. Plus de 9 000 jeunes arbres seront plantés et près de 32 000 glands semés sur une trentaine de placettes réparties entre l’Auvergne et l’Ardèche. Derrière l’objectif affiché d’adapter les forêts au changement climatique, certains observateurs du monde cynégétique s’interrogent déjà sur une autre conséquence possible : l’évolution des populations de sangliers dans ces secteurs d’altitude. Les départements auvergnats connaissent déjà une progression régulière du grand gibier. Dans le seul Puy-de-Dôme, la Fédération départementale des chasseurs annonçait avoir atteint un record de 5 700 sangliers prélevés en 2024, soit environ 800 de plus que l’année précédente. Cette tendance s’inscrit dans un contexte national où plus de 880 000 sangliers ont été prélevés lors de la saison 2024-2025.
Le gland, une ressource stratégique pour le sanglier
Dans les massifs forestiers français, le gland constitue l’une des ressources alimentaires les plus recherchées par le sanglier. Les années de forte glandée favorisent généralement une meilleure condition physique des animaux et améliorent aussi le taux de survie des jeunes. L’ambition d’Alti’Chênes n’est évidemment pas de créer des zones favorables au sanglier mais de restaurer des chênaies-hêtraies capables de résister aux évolutions climatiques. Toutefois, si ces peuplements s’installent durablement en altitude, ils pourraient à terme offrir une nouvelle ressource alimentaire à la grande faune sauvage, notamment dans des secteurs aujourd’hui dominés par les résineux.
Des montagnes déjà conquises par le grand gibier
Le sanglier n’est plus depuis longtemps un animal cantonné aux plaines agricoles. On le retrouve désormais dans la plupart des massifs français, y compris à des altitudes dépassant largement les 1 000 mètres. L’un des objectifs du projet est justement de remplacer progressivement certaines plantations résineuses par des forêts plus diversifiées. Or ces transformations d’habitats pourraient également bénéficier à d’autres espèces de la faune sauvage. Pour les gestionnaires cynégétiques, la question mérite donc d’être suivie avec attention : une forêt plus riche en feuillus pourrait-elle favoriser localement l’installation ou le maintien de populations de sangliers plus importantes ?
Un suivi intéressant pour les chasseurs
Les premiers glands seront récoltés à l’automne 2026 et les plantations se poursuivront durant l’hiver. Les responsables du programme se donnent jusqu’à 2050 pour évaluer pleinement la réussite de l’opération. Pour les chasseurs, Alti’Chênes pourrait constituer un observatoire grandeur nature des relations entre sylviculture, biodiversité et grand gibier. Même s’il est encore beaucoup trop tôt pour parler d’impact sur les effectifs, l’expérience permettra peut-être d’observer comment l’évolution des habitats forestiers influence la fréquentation du sanglier dans certains secteurs de moyenne montagne. Car derrière la forêt de demain se dessine déjà une autre interrogation : en aidant le chêne à gagner de l’altitude, l’homme ne prépare-t-il pas également le terrain à l’un de ses plus fidèles compagnons de route, le sanglier ?
