
Chaque printemps, la période des foins représente l’une des principales menaces pour les jeunes chevreuils. Cachés dans les hautes herbes durant leurs premières semaines de vie, les faons adoptent un réflexe naturel consistant à rester immobiles face au danger. Une stratégie efficace contre les prédateurs, mais souvent fatale lors du passage des faucheuses. En France, les fédérations départementales des chasseurs développent progressivement des opérations de détection par drone thermique afin de limiter cette mortalité. De l’autre côté du Rhin, l’Allemagne a franchi un cap supplémentaire. Grâce à une organisation très structurée associant chasseurs, agriculteurs et pouvoirs publics, ainsi qu’à un cadre juridique plus exigeant en matière de protection animale, le pays est devenu la référence européenne du sauvetage des faons avant la fauche. Les derniers chiffres officiels font état de plus de 22 000 faons sauvés en une seule année.
Plus de 22 000 faons sauvés grâce aux drones thermiques
L’Allemagne a considérablement développé l’utilisation des drones équipés de caméras thermiques pour détecter les animaux dissimulés dans les prairies avant les travaux agricoles. Selon les données publiées par le ministère fédéral de l’Agriculture, 22 435 faons ont été sauvés en 2024 grâce à ces opérations de repérage. Les résultats ne concernent pas uniquement les chevreuils. Plus de 4 200 autres animaux sauvages, parmi lesquels des levrauts, des hérissons ou encore des nichées d’oiseaux, ont également été préservés lors des opérations menées sur près de 250 000 hectares de surfaces agricoles. Ces chiffres sont d’autant plus remarquables que toutes les structures participantes n’ont pas encore transmis leurs statistiques, laissant penser que le nombre réel d’animaux sauvés est encore supérieur.
Un cadre juridique qui responsabilise davantage les exploitants
L’un des facteurs expliquant cette réussite réside dans la place accordée à la protection animale dans la réglementation allemande. Sans imposer systématiquement le recours à un drone avant chaque fauche, la législation et la jurisprudence allemandes ont progressivement renforcé l’obligation de précaution des exploitants agricoles. Les agriculteurs sont ainsi fortement incités à vérifier l’absence d’animaux dans les parcelles avant les travaux. Cette approche a favorisé le développement d’une coopération étroite entre agriculteurs, chasseurs et associations de protection de la nature. Dans de nombreuses régions, la recherche des faons avant la fauche est devenue une pratique courante et largement acceptée, permettant d’anticiper les opérations plusieurs jours à l’avance et d’intervenir dans des conditions optimales.
Des moyens financiers importants au service de la faune sauvage
L’autre clé du succès allemand est le soutien direct de l’État fédéral. Depuis 2021, le gouvernement finance l’acquisition de drones thermiques destinés aux associations de chasseurs engagées dans le sauvetage des faons. Face à l’efficacité du dispositif, les autorités ont décidé d’augmenter leur soutien financier. Pour la seule année 2025, l’enveloppe consacrée à l’achat de drones a été portée à 2,5 millions d’euros. Cette politique a permis la constitution d’un véritable réseau national de bénévoles et de pilotes spécialisés. Certaines régions affichent désormais des résultats spectaculaires. En Rhénanie-Palatinat, par exemple, près de 7 000 faons ont été sauvés en 2024.
Alors que les initiatives françaises progressent d’année en année, l’exemple allemand démontre qu’une organisation coordonnée, associée à des moyens techniques adaptés et à une mobilisation collective, peut permettre de réduire très fortement la mortalité des jeunes animaux lors des travaux agricoles. Un modèle qui pourrait inspirer de nombreux territoires européens dans les années à venir.
