
Le 4 juin dernier, Paris accueillait le séminaire national consacré aux Indicateurs de Changement Écologique (ICE), organisé par la Fédération Nationale des Chasseurs, l’Office français de la biodiversité et le ministère de la Transition écologique. Un rendez-vous majeur qui n’a lieu que tous les dix ans et qui a réuni près de 230 participants issus du monde de la chasse, de la forêt, de la recherche et des pouvoirs publics. À l’heure où les questions liées à la gestion de la faune sauvage, à l’avenir des forêts et à l’adaptation au changement climatique occupent une place croissante dans le débat public, cette journée a rappelé une évidence : les bonnes décisions ne peuvent être prises qu’à partir d’observations rigoureuses et de données fiables ou quand la connaissance du terrain éclaire les décisions de demain !

Les ICE, un outil devenu incontournable
Développés depuis plus de vingt ans, les Indicateurs de Changement Écologique constituent aujourd’hui l’une des références en matière de suivi des populations d’ongulés et de leur interaction avec les milieux naturels. Leur force réside dans leur approche globale. Au-delà du simple comptage des animaux, les ICE croisent différents indicateurs portant sur l’état des populations, leurs performances biologiques et l’évolution de leur environnement. Cette lecture croisée permet d’évaluer l’équilibre entre la faune sauvage et les ressources disponibles dans les territoires. Au fil des années, cet outil s’est imposé dans de nombreux départements grâce à l’implication conjointe des fédérations de chasseurs, des gestionnaires forestiers, des chercheurs et des partenaires institutionnels. Les retours d’expérience présentés lors du séminaire ont démontré toute la richesse de ces suivis et leur intérêt pour orienter les politiques de gestion.

Une expertise de terrain au service de la connaissance
L’un des enseignements majeurs de cette rencontre est sans doute la place occupée par les chasseurs dans la production de connaissances sur la faune sauvage. Partout en France, les fédérations départementales et leurs techniciens collectent depuis de nombreuses années des informations précieuses sur les populations de cervidés, de sangliers et sur l’état des habitats. Ces observations, réalisées selon des protocoles reconnus, alimentent aujourd’hui des analyses indispensables à la compréhension du fonctionnement des écosystèmes. Cette contribution est parfois méconnue. Pourtant, elle constitue un atout considérable pour les territoires. Grâce à leur présence permanente sur le terrain et à leur capacité à suivre les évolutions sur le long terme, les chasseurs participent pleinement à l’acquisition de données qui servent autant à la gestion cynégétique qu’à la gestion forestière et à la préservation des équilibres naturels.
Mieux comprendre pour mieux gérer
Les échanges de la journée ont également mis en lumière la complexité croissante des enjeux auxquels sont confrontés les gestionnaires. Le changement climatique modifie progressivement les conditions de vie des forêts comme celles de la grande faune. Certaines essences forestières deviennent plus vulnérables, les ressources alimentaires évoluent et les dynamiques de populations peuvent être affectées. Dans ce contexte, les diagnostics simplistes n’ont plus leur place. Les participants ont souligné la nécessité de poursuivre le développement d’outils d’analyse performants, de renforcer les suivis scientifiques et de favoriser le partage des données entre les différents acteurs concernés. Le projet de constitution d’une base de données nationale croisant informations cynégétiques et sylvicoles s’inscrit pleinement dans cette démarche. L’objectif est de disposer d’une vision toujours plus précise des réalités de terrain afin d’anticiper les évolutions futures et d’adapter les décisions de gestion.
Une chasse moderne qui s’appuie sur les faits
Au-delà de son contenu technique, ce séminaire a illustré une évolution profonde du monde cynégétique. La chasse moderne ne se résume plus à la seule gestion des populations de gibier. Elle participe également à la production de connaissances utiles à l’ensemble de la société. Les décisions publiques relatives à la biodiversité, à la forêt ou à la faune sauvage nécessitent des données objectives et des analyses solides. En contribuant activement à leur collecte et à leur interprétation, les fédérations de chasseurs démontrent qu’elles sont aujourd’hui les acteurs légitimes à part entière de cette démarche. Le séminaire national ICE a ainsi rappelé que la connaissance du terrain, lorsqu’elle est associée à des méthodes scientifiques rigoureuses, constitue un outil précieux pour éclairer les choix de demain et lever des oppositions de principe basées sur des fondements beaucoup plus fragiles. Une ambition que porte pleinement la Fédération Nationale des Chasseurs au bénéfice de l’ensemble de son réseau et, plus largement, de tous les acteurs engagés dans la gestion durable des territoires.
Crédit photo Fédération Départementale des Chasseurs de l’Isère et Fédération des Chasseurs du Grand Est – FRCGE
