Statut de protection du loup : le Sénat réclame un changement de cap pour sauver le pastoralisme

Le Sénat a publié un rapport consacré à l’avenir du pastoralisme en France. Au centre des préoccupations figure le statut de protection du loup. Les rapporteurs jugent la pression de prédation devenue insoutenable dans certains territoires. Ils demandent donc une réforme profonde de la gestion de l’espèce afin de préserver les élevages extensifs et les activités pastorales.

Le loup, principal défi du pastoralisme français

Pour les sénateurs, le pastoralisme reste un modèle d’élevage d’avenir. Ce mode de production concerne près de 35 000 exploitations extensives en France. Il génère chaque année plusieurs milliards d’euros de richesses et de services environnementaux. Pourtant, son avenir apparaît fragilisé. Le changement climatique, les difficultés d’accès à l’eau et les conflits d’usage compliquent déjà le quotidien des éleveurs. Cependant, c’est surtout la prédation du loup qui inquiète les auteurs du rapport. Après plusieurs mois d’auditions et de déplacements sur le terrain, les rapporteurs estiment que la situation atteint un seuil critique. Selon eux, la progression du prédateur menace directement la viabilité économique de nombreux élevages pastoraux. Ils considèrent désormais que le débat sur le statut de protection du loup est devenu incontournable pour assurer l’avenir du pastoralisme français.

berget et moutons, pastoralisme dans les montagnes en france

Une pression de prédation jugée insoutenable

Les sénateurs décrivent une situation particulièrement préoccupante. Le nombre de loups augmente depuis plusieurs années. Dans le même temps, les attaques progressent. Le nombre d’animaux victimes suit également cette tendance. Les rapporteurs soulignent aussi les conséquences humaines de cette pression permanente. « Les éleveurs nous ont exprimé une grande détresse, nous ont lancé un véritable cri d’alarme. Il faut réaliser l’impact psychologique des attaques sur les bergers, l’état d’angoisse permanent », a déclaré Jean-Marc Boyer lors de la présentation du rapport. Selon les auteurs, la prédation ne représente plus seulement un coût économique. Elle affecte aussi profondément les conditions de vie des éleveurs. En 2025, les aides publiques consacrées à la protection des troupeaux ont atteint 42,78 millions d’euros. Malgré ces investissements, les sénateurs jugent les résultats insuffisants.

« Un véritable cri d’alarme » lancé par les éleveurs

Au fil de leurs auditions, les sénateurs disent avoir été marqués par la détresse du monde pastoral. Plus d’une centaine d’acteurs ont été entendus dans le cadre de cette mission d’information. Parmi eux figuraient des éleveurs, des bergers, des représentants de l’administration et des élus locaux. Tous ont décrit des difficultés croissantes sur le terrain. Pour le sénateur du Puy-de-Dôme, la question dépasse désormais le simple cadre agricole. Elle touche directement à l’avenir des territoires ruraux et de l’élevage extensif. Même constat chez Yves Bleunven. « Sans pression du loup, on aurait un métier attractif », estime le sénateur du Morbihan. Ces témoignages illustrent l’inquiétude grandissante qui traverse aujourd’hui les zones pastorales françaises.

loup chassant des moutons

Des moyens supplémentaires pour défendre les troupeaux

Face à cette situation, le Sénat formule plusieurs propositions concrètes. Les rapporteurs souhaitent d’abord supprimer le reste à charge de 20 % supporté par les éleveurs pour financer les moyens de protection. Ils demandent également l’autorisation des lunettes à visée thermique dans le cadre des tirs de défense. Par ailleurs, ils proposent d’autoriser les tirs d’effarouchement et de défense dans certaines réserves naturelles ( voir notre article) et certains parcs nationaux où la chasse est déjà pratiquée. Le rapport recommande aussi de renforcer le rôle des lieutenants de louveterie. Les sénateurs souhaitent également améliorer les constats d’attaques. Ils proposent notamment de supprimer la catégorie « origine indéterminée », souvent contestée sur le terrain.

Enfin, ils veulent associer davantage les fédérations départementales des chasseurs au recueil des indices génétiques afin d’améliorer l’estimation de la population lupine.

« inscrivant le recueil des indices génétiques de présence du loup parmi les missions de service public des fédérations départementales des chasseurs à l’article L. 421-5 du code de l’environnement« .

les chiffres du loup en France

Le Sénat veut revoir le statut de protection du loup

Pour les trois rapporteurs, les mesures adoptées ces derniers mois constituent une première étape mais restent insuffisantes. Ils considèrent que le déclassement partiel du loup au niveau européen n’a pas apporté de réponse durable aux difficultés rencontrées par les éleveurs. Jean-Marc Boyer appelle ainsi l’État français à « avoir le courage de mettre sur la table un nouvel abaissement à l’échelle européenne » afin de retirer l’espèce de la liste des animaux protégés. Les sénateurs souhaitent également revoir les règles de régulation. Ils proposent que les prélèvements ne soient plus calculés uniquement à partir de la taille estimée de la population. Selon eux, la pression réelle de prédation doit aussi être prise en compte. Ils recommandent enfin de raisonner à partir d’un seuil de viabilité de l’espèce plutôt que d’un simple plafond annuel de destruction. Cette évolution constituerait un changement majeur dans la gestion du dossier.

Cette position marque l’un des principaux enseignements du rapport sénatorial. Derrière les débats sur le statut de protection du loup, les élus veulent surtout alerter sur l’avenir des élevages extensifs. « La prédation est une menace existentielle pour le pastoralisme », concluent Jean-Marc Boyer, Yves Bleunven et Lucien Stanzione. Un message qui devrait nourrir les discussions parlementaires autour du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles examiné au Sénat à la fin du mois de juin.

Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS