Loup, la FNO souhaite protéger les troupeaux et pérenniser les élevages

mouton dans un près

Les projets de simplification significative des conditions d’accès aux tirs de défense pour protéger les troupeaux contre le loup avaient déclenchées de nombreuses réactions, dont celle de la Fédération Nationale Ovine. Nous avons pu recueillir les premiers propos et ressentis de Claude Font, référent pour la Fédération Nationale Ovine dans le Groupement National Loup. Nous lui donnons une nouvelle fois la parole dans cette interview exclusive afin de bien cerner les demandes des éleveurs sur ce sujet.

claude font FNP
Claude Font, éleveur ovin

Chassons.com : Vous êtes éleveurs de moutons en Haute-Loire, depuis combien d’années et comment se compose votre cheptel ?

Claude Font : Je me suis installé en 1999, après une première expérience professionnelle en tant que salarié. Aujourd’hui, nous sommes trois associés sur la ferme. Nous élevons 500 brebis ainsi que 60 vaches laitières.

 

Chassons.com : vous avez vu arriver le loup dans votre département, comme dans d’autres, comment vous êtes-vous adapté à sa présence. Quelles sont les contraintes supplémentaires dans votre métier ?

Claude Font : Nous avons dû nous adapter à la présence du loup depuis 2014. Ce n’est pas simple, car cela bouscule beaucoup nos habitudes de travail. En Haute-Loire, nous sommes en zone de semi-montagne, un territoire très boisé, avec des haies et des reliefs, ce qui complique la mise en place de mesures de protection.

Notre mode d’élevage repose sur une gestion par lots, avec des brebis réparties dans différents parcs. Elles sont surveillées quotidiennement, mais nous ne faisons plus du gardiennage permanent comme le faisaient les générations d’avant. Le métier a évolué : on a toujours un suivi attentif, mais on ne vit plus “au milieu du troupeau” en permanence.

Avec le loup, nous sommes obligés de revoir cette organisation, ce qui ajoute des contraintes importantes et modifie notre manière de travailler au quotidien.

 

Chassons.com : vous êtes le référent pour la Fédération Nationale Ovine dans le Groupement National Loup, comment avez-vous accueilli les récentes décisions et déclarations de l’Administration concernant la possibilité pour les éleveurs de protéger plus rapidement les troupeaux d’ovins, caprins, bovins et équins en cas d’attaques du loup ?

Claude Font : Nous notons une avancée importante avec l’amélioration du protocole de tirs. Désormais, pour les éleveurs situés en zone de prédation, le tir de défense pourrait être réalisé sur simple déclaration et non plus sur autorisation, et sans obligation préalable de mettre en place des mesures de protection. C’est une réactivité bienvenue, qui correspond mieux aux besoins du terrain.

Mais cette avancée reste incomplète. Le cadre réglementaire demeure très restreint, notamment avec le pourcentage annuel de prélèvements autorisés (19% dépendant de l’estimation de la population lupine). Le risque, c’est qu’on finisse par gérer le quota de loups à prélever, plutôt que de gérer la prédation réellement subie par les éleveurs.

Pour la FNO, le chemin est donc seulement à moitié parcouru.

loup et mouton

Chassons.com : Un nombre maximal de prélèvements de loup est fixé chaque année. Nous avons cru comprendre que vous souhaitez revoir la méthode de calcul de ces autorisations de tirs ?

Claude Font : Nous demandons de sortir de la logique actuelle, qui se fonde uniquement sur l’estimation annuelle du nombre de loups. Cela alimente chaque année des débats stériles, alors que l’urgence est ailleurs : protéger nos troupeaux et garantir la pérennité des élevages.

Nous proposons de prendre un autre curseur comme par exemple la pression de prédation constatée sur le terrain, un indicateur concret et directement lié à la réalité des éleveurs.

 

 

Chassons.com : l’Etat a l’air d’être un peu plus compréhensif et conciliant sur le dossier loup par rapport aux demandes des agriculteurs, pensez-vous que c’est pour éteindre la colère sourde qui anime le monde paysan actuellement ou est-ce une réelle prise en compte des problèmes posés par ce grand prédateur ?

Claude Font : J’espère que ces décisions ne sont pas seulement destinées à calmer la colère du monde paysan, mais qu’elles répondent réellement à la détresse des éleveurs confrontés aux attaques. La pression de prédation ne cesse d’augmenter : les constats d’attaques sont en hausse de 26 % cette année. Cela montre bien la gravité de la situation et la nécessité de mesures concrètes.

 

 

Cet article est paru en premier sur CHASSONS