
Onze ans après le colloque de Chambord, chasseurs et gestionnaires forestiers se sont retrouvés le 4 juin 2026 à Paris pour faire le bilan d’un outil devenu central dans la gestion des territoires. Les Indicateurs de Changement Écologique sont plus utiles que jamais, mais les défis auxquels ils répondent n’ont jamais été aussi lourds.
Des forêts fragilisées face à des populations d’ongulés qui n’ont jamais été aussi nombreuses.
Le constat dressé lors de cette journée est sans appel. La forêt française, qui couvre 17,6 millions d’hectares, encaisse de plein fouet les effets du dérèglement climatique, entre sécheresses à répétition, attaques de scolytes et incendies qui se multiplient.
En dix ans, la mortalité des arbres a bondi de 125 %. Cette fragilité tombe au pire moment, car les grands ongulés sauvages, cerfs et sangliers en tête, n’ont jamais été aussi présents sur le territoire.
En quarante ans, les populations de cerfs ont été multipliées par dix et leur aire de répartition a triplé en trente-six ans.
Une pression considérable sur les jeunes pousses qui compromet visiblement le renouvellement naturel des massifs forestiers, pourtant essentiels comme réservoirs de biodiversité et puits de carbone.
C’est précisément pour objectiver cette réalité de terrain que les « Indicateurs de Changement Écologique », plus connus sous le sigle ICE, ont été développés.
Concrètement, ces outils permettent de mesurer trois choses : combien il y a d’ongulés sur un territoire, dans quel état physique ils se trouvent et dans quelle mesure ils abîment la végétation environnante.
Déployés dans plus de 86 départements Français, ils sont relevés conjointement par les chasseurs, les forestiers et l’Office Français de la Biodiversité, ce qui permet d’ajuster les plans de chasse en fonction des réalités locales plutôt que de décisions prises à l’aveugle.
Pascal Sécula, président délégué de la FNC en charge du dossier forêt, résumait bien l’enjeu lors de ce colloque :
« Face aux évolutions rapides des forêts et des populations d’ongulés, nous devons disposer d’outils robustes et partagés pour éclairer les décisions de gestion durable. »
Un partenariat ancré dans le terrain, et bientôt doté d’un nouveau tableau de bord numérique.
L’ONF, le CNPF et leurs partenaires cynégétiques ont présenté des retours d’expériences concrets issus de territoires pilotes, comme l’Observatoire de la grande faune et des habitats dans les Hautes-Alpes ou la démarche Sylvafaune menée dans les massifs des Bertranges et de Moulière. Ces exemples illustrent ce que la concertation peut produire quand elle repose sur des données partagées plutôt que sur des rapports de force.
L’OFB et l’INRAE travaillent par ailleurs au développement d’un nouvel outil numérique baptisé baromètre de l’équilibre sylvo-cynégétique, qui centralisera l’ensemble des indicateurs de suivi et des diagnostics forestiers à l’échelle de chaque unité de gestion locale.
Olivier Thibault, directeur général de l’OFB, a souligné l’importance de ce partenariat lors de son discours d’ouverture, estimant qu’en travaillant ensemble, forestiers, chasseurs, scientifiques et gestionnaires peuvent concilier les usages et préserver durablement la biodiversité.
Vingt ans après leur création, les ICE ont largement démontré leur utilité mais la vraie question, désormais, est de savoir si les moyens alloués suivront la méthode. Ils rappellent également que même si des désaccords profonds marquent actuellement les rapports entre la FNC et l’OFB, le travail mené conjointement sur le plan scientifique par ces deux entités reste d’une grande importance.
The post L’OFB et la FNC réunis à Paris pour échanger sur l’équilibre entre forêts et grands ongulés appeared first on Chasse Passion.
