Italie : reprise de la chasse au bouquetin finalement abandonnée, revirement du gouvernement

Nous avions récemment relayé sur Chassons.com l’hypothèse d’un retour de la chasse au bouquetin en Italie, dans le cadre du projet de loi 1552 sur la réforme de la gestion de la faune sauvage. Cette perspective avait immédiatement suscité de vives réactions, tant chez les scientifiques que chez les gestionnaires d’espaces naturels et les associations environnementales, en raison du statut particulier de cette espèce emblématique des Alpes. Finalement, le gouvernement italien a choisi de revenir en arrière sur ce point très controversé du texte. La chasse au bouquetin ne sera pas réintroduite, mettant un terme, du moins pour l’instant, à un débat qui avait rouvert des plaies historiques liées à la conservation de l’espèce dans l’arc alpin.

Un retrait politique face à une forte opposition scientifique et institutionnelle

Le projet de loi 1552, examiné au Sénat italien, visait à réformer plusieurs aspects de la réglementation cynégétique et de la gestion de la faune. C’est au cours des discussions parlementaires qu’un amendement avait introduit la possibilité de réautoriser la chasse au bouquetin, espèce protégée et symbole des Alpes italiennes. Cette proposition a immédiatement déclenché une vague de contestations. Chercheurs, biologistes, gestionnaires de parcs naturels et organisations environnementales ont alerté sur les risques écologiques et génétiques que pourrait représenter une telle ouverture. Le bouquetin des Alpes souffre déjà d’une faible variabilité génétique et reste vulnérable aux effets du changement climatique sur les habitats de haute montagne. Face à cette pression, le gouvernement et la majorité parlementaire ont annoncé le retrait définitif de cette disposition, excluant le bouquetin de la liste des espèces concernées par les amendements cynégétiques.

Une espèce emblématique au cœur de l’histoire de la conservation alpine

Le bouquetin occupe une place particulière dans l’histoire de la faune européenne. Au tournant des XIXe et XXe siècles, l’espèce avait frôlé l’extinction en raison de la chasse intensive. Sa survie doit beaucoup aux politiques de protection mises en œuvre notamment dans le massif du Grand-Paradis, en Italie, où des efforts de conservation ont permis sa réintroduction progressive. Aujourd’hui encore, le bouquetin est considéré comme un indicateur de la santé des écosystèmes alpins. Son comportement peu méfiant vis-à-vis de l’homme et sa présence dans des zones sensibles en font une espèce particulièrement suivie par les gestionnaires de parcs naturels. La proposition de réouverture de sa chasse avait donc une forte portée symbolique, ravivant le débat entre logique de régulation cynégétique et impératifs de conservation.

Une réforme de la chasse toujours contestée malgré ce retrait

Si le bouquetin a finalement été retiré du texte, le projet de loi italien n’est pas pour autant abandonné. Plusieurs dispositions continuent de susciter de fortes oppositions. Parmi elles figurent notamment l’extension possible des zones de chasse, y compris dans certains espaces domaniaux comme des zones littorales, ainsi que l’élargissement des périodes et des modalités d’exercice de la chasse. Les associations environnementales dénoncent également des mesures susceptibles d’affaiblir le niveau de protection de certaines espèces protégées, ainsi que des règles assouplies concernant la participation de chasseurs étrangers. Elles estiment que ces évolutions pourraient entrer en tension avec le cadre réglementaire européen relatif à la protection des oiseaux sauvages. Le texte doit encore poursuivre son parcours parlementaire entre le Sénat et la Chambre des députés. Plusieurs lectures et éventuels allers-retours restent possibles avant une adoption définitive. Le retrait de la chasse au bouquetin marque un recul significatif sur l’un des points les plus sensibles du projet de réforme italien. Il illustre aussi la force des équilibres actuels entre politique cynégétique, impératifs scientifiques et acceptabilité environnementale. Mais le débat, lui, est loin d’être clos.

Cet article est paru en premier sur CHASSONS