
Le dossier des galliformes de montagne revient une nouvelle fois au cœur des tensions entre associations de protection de la nature et monde cynégétique. Dans les Hautes-Alpes, la LPO PACA a récemment salué ce qu’elle présente comme une « décision historique » après l’annonce d’un plan de chasse nul pour le tétras-lyre et la perdrix bartavelle. Pourtant, dans les Alpes-de-Haute-Provence, rien n’est encore acté : il ne s’agit à ce stade que d’un projet d’arrêté préfectoral soumis à consultation publique jusqu’au 20 mai 2026. Une nuance importante que certains semblent déjà oublier. Car derrière les effets d’annonce, le sujet est beaucoup plus complexe qu’une opposition caricaturale entre chasseurs et protecteurs de la nature. Les documents officiels montrent au contraire que les chasseurs sont aujourd’hui au cœur du suivi scientifique et de la gestion conservatoire de ces espèces fragiles.
Un projet d’arrêté encore en consultation, pas une interdiction généralisée
La communication de la LPO PACA laisse entendre qu’une dynamique d’interdiction totale de la chasse aux galliformes serait désormais acquise dans l’ensemble des Alpes françaises. Pourtant, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le préfet a choisi une autre voie, plutôt celle d’un plan de gestion cynégétique encadré, élaboré avec la Fédération départementale des chasseurs et fondé sur les recommandations de l’Observatoire des Galliformes de Montagne (OGM). Le projet actuellement soumis à consultation publique maintient une chasse extrêmement réglementée avec des quotas limités, de bracelets obligatoires, l’usage du carnet de prélèvement, des constats de tir systématiques, l’interdiction du tir des poules de tétras-lyre, le suivi scientifique annuel des populations et la limitation des périodes et conditions de chasse. On est donc très loin d’une chasse « sans contrôle » telle qu’elle est parfois décrite dans certains discours militants. Surtout, le document rappelle noir sur blanc que plusieurs espèces comme le lagopède alpin ou la gélinotte des bois bénéficient déjà depuis des années d’un plan de chasse nul, précisément à l’initiative des gestionnaires cynégétiques eux-mêmes lorsque l’état des populations le justifie.
Les chasseurs au cœur du suivi scientifique des populations
C’est probablement l’un des paradoxes les moins évoqués dans cette affaire, car une grande partie des données utilisées aujourd’hui pour évaluer l’état des populations provient directement des suivis réalisés avec la participation des chasseurs eux-mêmes. Les protocoles détaillés dans le plan de gestion sont particulièrement lourds et comportent des comptages au chant au printemps, des recensements estivaux avec chiens d’arrêt, une cartographie des habitats, des indices de reproduction, une collecte systématique d’ailes et de données biométriques et un suivi des prélèvements depuis plus de quinze ans. Les graphiques présentés montrent d’ailleurs une réalité plus nuancée que certains slogans alarmistes. Les indices de reproduction fluctuent fortement selon les années, notamment sous l’effet des conditions climatiques, mais les prélèvements restent faibles et très encadrés. Dans plusieurs cas, les fédérations de chasse ont même proposé des réductions drastiques, voire des attributions nulles, bien avant toute décision judiciaire ou pression associative. Cela rappelle une réalité souvent absente du débat public : la gestion cynégétique moderne repose aussi sur l’adaptation permanente des prélèvements aux capacités réelles des populations.
Entre jurisprudence, écologie et militantisme : un débat qui reste ouvert
La décision récente de la Cour administrative d’appel de Marseille constitue évidemment un tournant important. La juridiction reconnaît le déclin global du tétras-lyre et les fragilités de la perdrix bartavelle à l’échelle des Alpes françaises. Mais cette jurisprudence ne signifie pas automatiquement l’interdiction totale de toute chasse. Le droit européen prévoit précisément que certaines espèces peuvent être à la fois protégées dans leur conservation et chassables sous conditions strictes. Toute la question repose donc sur le niveau de gestion acceptable et sur la capacité des territoires à adapter leurs prélèvements. C’est précisément ce que défendent aujourd’hui les chasseurs des Alpes-de-Haute-Provence à travers ce plan de gestion cynégétique extrêmement détaillé. Une approche qui contraste avec la communication parfois plus idéologique de certaines associations, promptes à présenter comme acquises des décisions qui relèvent encore d’un processus administratif en cours. La consultation publique ouverte jusqu’au 20 mai permettra désormais à chacun de faire entendre sa position. Et nul doute que les chasseurs entendent bien rappeler qu’en montagne, ils ne sont pas seulement des utilisateurs de la nature, mais aussi des acteurs historiques de son suivi et de sa préservation.
