
Dans le Haut-Doubs, sur la commune de Verrières-de-Joux, une vaste coupe forestière réalisée à la fin du mois de février provoque une vive émotion locale. Selon les informations publiées par L’Est Républicain, plusieurs dizaines d’hectares d’épicéas et de sapins ont été abattus en quelques jours seulement sur une parcelle communale située à proximité immédiate de la frontière suisse. Une enquête a été ouverte et confiée à l’Office français de la biodiversité (OFB), notamment pour vérifier la possible présence d’espèces protégées sur une partie de la zone concernée. À ce stade, aucune illégalité n’a été établie et les circonstances exactes de cette coupe restent encore à préciser. Mais l’ampleur des travaux, estimés à environ 85 hectares, relance déjà les débats autour des conséquences écologiques et cynégétiques des coupes massives en milieu montagnard.
Un bouleversement brutal des habitats forestiers
Les forêts résineuses du Haut-Doubs constituent des habitats majeurs pour de nombreuses espèces sauvages. Cervidés, sangliers, renards, martres, mais aussi de nombreux oiseaux forestiers trouvent dans ces massifs des zones de refuge, d’alimentation et de reproduction particulièrement importantes. Lorsqu’une coupe intervient sur plusieurs dizaines d’hectares en un temps très court, les effets sur la faune peuvent être immédiats. La disparition brutale du couvert forestier modifie les habitudes de déplacement du gibier et réduit fortement les zones de remise utilisées quotidiennement par les animaux. Dans les secteurs frontaliers du Jura, ces grands massifs jouent également un rôle essentiel de corridor écologique entre la France et la Suisse. Les déplacements naturels de nombreuses espèces dépendent directement de la continuité de ces espaces boisés. Plusieurs habitants interrogés par la presse locale évoquent d’ailleurs un paysage devenu « méconnaissable » en seulement quelques jours. Les photographies publiées montrent d’importants stocks de grumes et de vastes zones désormais totalement ouvertes.
Des interrogations autour des espèces protégées
Le parquet de Besançon a confirmé que l’enquête confiée à l’OFB devait notamment vérifier la présence éventuelle d’espèces protégées sur une zone d’environ 47 hectares concernée par le défrichage. Le massif forestier frontalier du Doubs est reconnu pour sa richesse écologique. Les milieux forestiers du secteur abritent potentiellement plusieurs espèces sensibles liées aux vieilles forêts résineuses, ainsi qu’une biodiversité particulièrement importante pour les oiseaux forestiers et les chauves-souris. À ce jour, aucune infraction environnementale n’a toutefois été retenue. L’enquête devra déterminer si les autorisations administratives étaient conformes et si des habitats protégés ont effectivement été impactés. Cette prudence reste essentielle dans un dossier où l’émotion suscitée par l’ampleur visuelle de la coupe ne doit pas conduire à des conclusions hâtives.
La forêt jurassienne sous pression
Cette affaire intervient dans un contexte déjà difficile pour les forêts du Jura. Depuis plusieurs années, les épicéas subissent de fortes attaques de scolytes, aggravées par les sécheresses répétées et les épisodes climatiques extrêmes. Dans certaines situations, les gestionnaires forestiers sont contraints d’intervenir rapidement afin d’exploiter des peuplements fragilisés ou dépérissants. Ces coupes sanitaires répondent souvent à des impératifs économiques et sylvicoles importants. Mais lorsque les surfaces exploitées deviennent très importantes, les inquiétudes grandissent chez les riverains, et les acteurs du monde cynégétique. Car au-delà de la seule question forestière, c’est aussi l’équilibre global des habitats de la faune sauvage qui se trouve directement concerné. L’enquête de l’OFB devra désormais établir précisément les conditions dans lesquelles cette coupe a été réalisée et mesurer ses conséquences réelles sur les milieux naturels concernés.
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