
Quatre-vingts ans après les faits, treize magistrats de la Cour de cassation ont ouvert ce jeudi 11 juin 2026 le procès en révision posthume de Raymond Mis et Gabriel Thiennot. Les deux hommes, morts depuis, avaient toujours clamé leur innocence pour le meurtre du garde-chasse Louis Boistard.
Un meurtre en 1946, une condamnation contestée depuis le premier jour.
En décembre 1946, le corps du garde-chasse Louis Boistard est retrouvé immergé dans un étang de l’Indre, manifestement abattu de quatre coups de feu.
Rapidement, les soupçons se portent sur un groupe de chasseurs. Raymond Mis et Gabriel Thiennot, alors âgés de 19 et 20 ans, avouent puis se rétractent, affirmant avoir avoué sous la contrainte et la violence des enquêteurs.
Après trois procès d’assises dont deux annulés pour vice de procédure, ils sont condamnés en 1950 à Bordeaux à quinze ans de travaux forcés et dix ans d’interdiction de séjour.
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La quasi-totalité des charges repose sur un seul élément matériel : une bourre retrouvée chez l’un d’eux, similaire à celle découverte sur le corps.
Un témoin à charge, Albert Niceron, avait par ailleurs changé plusieurs fois de version et une expertise menée en 1953 le jugeait influençable et « d’une débilité profonde ».
Finalement graciés en 1954, les deux hommes ne seront jamais innocentés et sont morts sans évolutions dans cette affaire.
Un épilogue judiciaire quarante-six ans après la première requête en révision.
Une nouvelle audience qui se tiendra ce jeudi représente l’aboutissement d’un combat engagé de longue haleine.
Dès 9h, treize magistrats de la cour de révision et de réexamen ont commencé par entendre le rapport d’un conseiller retraçant l’intégralité de l’historique judiciaire : la condamnation, la grâce présidentielle de 1954, puis les différentes requêtes en révision successivement rejetées au motif que les violences policières lors des interrogatoires étaient déjà connues au moment des procès et ne constituaient donc pas un élément nouveau.
Dans la salle, les soutiens des deux condamnés se sont succédé à la barre. Le fils de Gabriel Thiennot est venu témoigner pour la mémoire de son père, évoquant les cauchemars nocturnes d’un homme hanté jusqu’à son dernier jour et dénonçant les méthodes des enquêteurs qui avaient fait avouer des gamins sous la violence.
Le maire de Châteauroux, Gil Avérous, a qualifié l’affaire de cicatrice encore ouverte dans son territoire, estimant que l’audience était nécessaire pour qu’elle puisse enfin se refermer.
Le député de l’Indre François Jolivet, le fondateur du comité de soutien Léandre Boizeau et le fils d’un autre chasseur présent le jour des faits ont également fait parvenir leurs témoignages, lus à l’audience par un avocat du comité.
La partie civile a elle aussi pris la parole. L’avocat et historien Gilles Antonowicz, auteur d’un livre défendant la culpabilité des deux hommes, a affirmé de son côté qu’aucun élément sérieux ne remet en cause les verdicts des différentes cours d’assises.
Les treize magistrats devraient mettre leur décision en délibéré à l’issue de l’audience.
Quarante-six ans après le dépôt de la première requête en révision, la justice devra trancher dans un sens ou dans l’autre, sur cette affaire qui secoue le monde cynégétique depuis des décennies.
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