Claude, le renard sous surveillance GPS dans les plaines du Cambrésis

Dans les campagnes françaises, le renard cristallise depuis longtemps les débats. Prédateur opportuniste, capable de s’adapter aussi bien aux plaines agricoles qu’aux zones périurbaines, il est à la fois admiré pour son intelligence et critiqué pour son impact sur certaines populations de petit gibier. En France, il n’existe pas de chiffre officiel précis sur les effectifs nationaux, tant l’espèce est mobile et difficile à recenser. En revanche, plusieurs estimations avancent que plus de 500 000 à 600 000 renards sont prélevés chaque année par différentes formes de régulation et de chasse. Dans certaines régions de grandes cultures, où les populations de perdrix grises, faisans sauvages ou lièvres restent fragiles, la pression de prédation constitue un sujet majeur. Mais encore faut-il comprendre précisément comment le renard utilise le territoire, où il chasse, où il se fixe et quelles zones concentrent réellement son activité. C’est précisément l’objectif de l’étude lancée par la Fédération des Chasseurs du Nord sur le territoire expérimental de Maretz, dans le Cambrésis.

Un renard baptisé Claude désormais suivi à la trace

Le 6 mai dernier, les agents techniques de la fédération ont équipé un renard mâle d’une balise GPS afin de suivre ses déplacements pendant plusieurs mois. Baptisé “Claude”, l’animal, âgé d’environ un an et pesant 6,5 kg, évolue désormais sous surveillance scientifique dans un secteur particulièrement intéressant pour les gestionnaires de la faune sauvage. L’opération n’a rien d’anecdotique. Réalisée sous autorisation administrative, elle respecte un protocole strict de bientraitance animale. Le collier GPS représente moins de 5 % du poids du renard et doit se détacher automatiquement au bout d’environ six mois. L’objectif est simple, il s’agit avant tout de comprendre comment un prédateur exploite un territoire agricole moderne où la fédération mène depuis plusieurs années des aménagements favorables à la biodiversité. Bandes enherbées, couverts végétaux et zones refuges ont déjà montré leur intérêt pour le petit gibier… mais aussi peut-être pour leurs prédateurs.

Les perdrix avaient déjà livré un premier enseignement

L’an dernier, la Fédération des chasseurs du Nord avait déjà conduit un suivi télémétrique de perdrix grises sur ce même territoire expérimental. Les résultats avaient confirmé que les bandes de couverts constituaient de véritables refuges pour les oiseaux en période sensible. Mais cette étude avait aussi mis en évidence une forte pression de prédation. En clair, les zones les plus attractives pour le petit gibier pourraient également devenir des points de concentration pour les prédateurs, notamment les renards. C’est tout l’intérêt du suivi de Claude et de savoir si le renard fréquente systématiquement ces espaces, à quels moments de la journée il les utilise, quelle distance il parcourt et s’il développe des habitudes territoriales particulières. Ces données pourraient permettre d’adapter les futurs aménagements agricoles afin de mieux concilier biodiversité, reproduction du petit gibier et équilibre entre espèces.

Une étude de terrain qui dépasse le simple débat sur le renard

Au-delà de la question de la régulation, cette expérimentation illustre surtout l’évolution des méthodes utilisées par les fédérations de chasseurs. Le suivi GPS permet aujourd’hui d’obtenir des données précises et objectives sur le comportement animal, loin des simples impressions de terrain.

Dans un contexte où les populations de petit gibier de plaine restent fragiles dans de nombreux départements, comprendre les interactions entre prédateurs, agriculture et habitats devient indispensable. Les prochains mois pourraient ainsi révéler des informations précieuses. Claude est-il un grand voyageur ou un occupant fidèle d’un petit secteur ? Utilise-t-il les couverts agricoles comme zones de chasse ? Revient-il systématiquement sur certains points stratégiques ? Autant de questions auxquelles cette initiative menée dans le Cambrésis tentera de répondre. Une chose est sûre : ce renard du Nord pourrait bien devenir l’un des mieux observés de France dans les prochaines semaines !

Cet article est paru en premier sur CHASSONS