Le nouveau chalutier géant Annie Hillina suscite une forte inquiétude dans les ports français. Avec ses 112 mètres de long et sa capacité de capture estimée à 400 tonnes de poissons par jour, ce navire-usine néerlandais cristallise les tensions autour de la pêche industrielle. Pêcheurs artisans, représentants professionnels et ONG dénoncent un modèle jugé destructeur pour les ressources et pour l’avenir des petits métiers de la mer.
Et dire que le gouvernement Français instaure un quota de pêche du maquereau aux pêcheurs de loisirs ( voir notre article), sous prétexte de la préservation de la ressource !!!!
Un navire géant qui provoque l’inquiétude dans les ports
Le lancement de l’Annie Hillina ne passe pas inaperçu ( voir ses caractéristiques à ce lien). Ce chalutier pélagique géant, inauguré aux Pays-Bas, impressionne autant qu’il inquiète. Très vite, les réactions se sont multipliées chez les pêcheurs français.
À Loctudy, en Bretagne, plusieurs marins redoutent déjà les conséquences sur leur activité. « En une journée, ils vont pêcher ce que nous prenons parfois en un an », explique un pêcheur breton interrogé par TF1. Pour beaucoup, ce type de navire représente une concurrence impossible à suivre.
Même colère dans les Hauts-de-France. Stéphane Pinto, vice-président du comité régional des pêches, dénonce une contradiction avec les discours européens sur la préservation des ressources. « On nous demande toujours plus d’efforts. Et pendant ce temps, on autorise des bateaux gigantesques capables de vider des zones entières », regrette-t-il.
« On ne peut pas accepter des bateaux de 112 mètres devant chez nous, à 10 km des côtes, en train de participer à la descente aux enfers des pêcheurs locaux » – Stéphane Pinto, du comité des pêches des Hauts-de-France à France info
Les ONG environnementales s’inquiètent également. L’association BLOOM parle d’un « monstre industriel » et accuse ces navires-usines d’accélérer la pression sur les stocks de poissons. « Ce modèle détruit progressivement la pêche artisanale », affirme l’organisation dans un communiqué.
Par ailleurs, plusieurs pêcheurs craignent que le chalutier puisse travailler à proximité des côtes françaises grâce aux règles européennes actuelles. Une perspective qui alimente encore davantage la tension dans les ports.
Une bataille entre pêche industrielle et pêche artisanale
Au-delà du seul cas de l’Annie Hillina, c’est toute la question de la pêche industrielle qui revient au centre du débat européen. Depuis plusieurs années, les petits patrons pêcheurs dénoncent la concentration des quotas entre les mains de grands groupes capables d’investir dans des navires toujours plus puissants.
Dans les ports français, beaucoup parlent désormais d’un sentiment d’abandon. « Nous faisons attention aux quotas, aux tailles et aux réglementations. Eux arrivent avec des moyens gigantesques », souffle un marin du Nord.
Les professionnels rappellent aussi que plusieurs stocks restent fragiles dans l’Atlantique et en Manche. Pour eux, l’arrivée de ces méga-chalutiers intervient au pire moment. Face à la polémique, plusieurs élus locaux demandent déjà un encadrement plus strict des grands navires industriels. Les associations réclament, elles, une interdiction des bateaux de plus de 25 mètres dans certaines zones côtières européennes.
Le dossier pourrait rapidement devenir explosif à Bruxelles. Car derrière l’Annie Hillina, c’est l’avenir même de la pêche artisanale européenne qui se retrouve aujourd’hui au cœur des tensions.
Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS
