
La polémique autour de la « bâche » installée en forêt domaniale de Dreux a rapidement dépassé le simple cadre d’une expérimentation locale. Sur les réseaux sociaux comme dans plusieurs médias militants ou spécialisés, certains ont récemment présenté la décision de l’ONF comme une victoire idéologique, voire juridique, contre la chasse à courre. Pourtant, en lisant le bilan officiel publié par l’Office national des forêts, la réalité apparaît beaucoup plus nuancée, d’où l’utilité de toujours aller à la source de l’information… Car à l’origine, ce dispositif n’avait rien d’un outil destiné à « enfermer ou piéger » le gibier. La demande provenait d’un équipage de vénerie confronté depuis plusieurs saisons à des difficultés récurrentes en termes de sécurité, liées à la proximité immédiate de zones urbanisées, de routes fréquentées et d’habitations en bordure du massif de Dreux. L’objectif affiché était simple, il s’agissait avant tout de limiter les débordements d’animaux vers les secteurs sensibles afin de réduire les risques pour les riverains comme pour la circulation automobile. Validé juridiquement et expérimenté avec l’accord de l’OFB et de l’ONF, le système reposait sur 1 700 mètres de rideaux souples suspendus temporairement uniquement lors de certains jours de chasse. Un aménagement limité dans l’espace comme dans le temps, démonté en fin de journée, et dont l’ONF reconnaît aujourd’hui lui-même l’efficacité technique. Alors après l’agitation, l’analyse des raisons et pourquoi cette expérimentation ne sera-t-elle pas reconduite ?
Une efficacité reconnue… mais politiquement et socialement difficile à assumer
C’est probablement le point le plus intéressant du bilan publié par l’ONF, car l’établissement ne parle jamais d’un échec technique. Au contraire, le dispositif semble avoir répondu à son objectif initial de canalisation du grand gibier. Mais la forêt domaniale n’est pas uniquement un territoire cynégétique. Randonnée, VTT, promenade familiale, exploitation forestière, protection de la biodiversité, tous ces usages s’y multiplient, parfois difficilement. L’ONF estime aujourd’hui que la présence même temporaire d’une bâche suspendue a été perçue par une partie du public comme une artificialisation excessive du milieu forestier. Autrement dit, le problème semble davantage relever de l’acceptabilité sociale que de l’efficacité réelle du système.
Le débat de fond : peut-on encore sécuriser la chasse à proximité des zones urbaines ?
L’affaire soulève surtout une question beaucoup plus large que celle de la seule vénerie, car comment maintenir des activités de chasse dans des massifs désormais encerclés par l’urbanisation ? La forêt de Dreux illustre parfaitement cette évolution et ces enjeux. Année après année, les lisières forestières se rapprochent des lotissements, des axes routiers et des espaces périurbains fréquentés. Dans ce contexte, tous les gestionnaires forestiers cherchent des solutions pour éviter les collisions, les intrusions d’animaux sur les routes ou les situations de tension avec les riverains. Le paradoxe est donc évident car un dispositif imaginé pour améliorer la sécurité est aujourd’hui abandonné principalement parce que son apparence choque davantage qu’elle ne rassure. Demain, quelles alternatives seront proposées ? Des battues réduites ? Des périmètres encore plus restreints ? Une pression accrue sur certaines zones déjà saturées par la fréquentation humaine ?
Une décision qui interroge l’avenir de la gestion cynégétique en forêt publique
Au-delà du cas particulier de Dreux, cette expérimentation avortée pourrait devenir un symbole des difficultés croissantes de gestion des forêts publiques françaises. L’ONF rappelle dans son communiqué son rôle d’arbitre entre les différents usages de la forêt en omettant aussi peut être de considérer les revenus des adjudication et plus généralement de la chasse qu’elle dégage chaque année. Une position de plus en plus délicate à tenir à mesure que les attentes sociétales deviennent contradictoires. Il faut protéger la biodiversité, accueillir le public, exploiter le bois, prévenir les dégâts de gibier… tout en maintenant des pratiques traditionnelles comme la chasse à courre. Le rideau souple de Dreux aura finalement eu le mérite de poser une question essentielle : jusqu’où la société est-elle prête à accepter des aménagements destinés à sécuriser les activités humaines et la gestion de la faune sauvage, lorsque ces dispositifs deviennent visibles ? Car en matière de chasse comme de forêt, l’émotion médiatique et l’agitation environnementale ne remplace jamais complètement les réalités du terrain.
