Oies migratrices : une réussite européenne où les chasseurs ont toute leur place

Alors que les débats sur la gestion de la faune sauvage se crispent régulièrement en Europe, certaines espèces d’oiseaux migrateurs bénéficient depuis plusieurs années d’une approche pragmatique qui mériterait d’inspirer bien d’autres dossiers. Réunis à Skövde, en Suède, dans le cadre de l’European Goose Management Platform (EGMP) de l’AEWA, scientifiques, gestionnaires, représentants des États et acteurs de terrain ont une nouvelle fois évalué l’état des populations d’oies migratrices européennes. Une démarche fondée sur des données objectives, des suivis rigoureux et des ajustements réguliers des mesures de gestion comme le rappelle la FACE. En somme, une véritable gestion adaptative appliquée à l’échelle internationale. Une méthode qui fonctionne, mais dont les principes semblent encore peiner à s’imposer lorsqu’il s’agit d’autres espèces suscitant davantage de controverses.

Des milliers de données pour piloter les populations d’oies

Depuis plus de dix ans, l’EGMP coordonne le suivi de plusieurs populations d’oies migratrices européennes, notamment l’Oie cendrée, la Bernache nonnette, l’Oie à bec court et l’Oie des moissons. L’objectif est simple, il s’agit de connaître précisément l’évolution des effectifs afin d’adapter les mesures de gestion en fonction de la réalité biologique des populations. Pour cela, les pays concernés mutualisent leurs données de comptages hivernaux, de reproduction, de survie, de baguage et de prélèvements cynégétiques. Ces informations sont centralisées et analysées par le Data Centre de l’Université d’Aarhus au Danemark. Les décisions qui en découlent ne reposent donc pas sur des perceptions ou des postures idéologiques, mais sur des indicateurs démographiques mesurables et régulièrement actualisés. Cette approche permet notamment de détecter rapidement les variations d’effectifs et d’ajuster les objectifs de conservation ou de régulation en conséquence. Une espèce en déclin bénéficie d’une protection renforcée ; une population en forte croissance peut faire l’objet de mesures de limitation adaptées.

Chasseurs, agriculteurs et scientifiques autour de la même table

L’un des aspects les plus intéressants du modèle développé par l’AEWA est sa capacité à réunir des acteurs dont les intérêts ne sont pas toujours convergents. Les chasseurs y occupent une place pleinement reconnue, non seulement comme utilisateurs de la ressource, mais aussi comme fournisseurs de données indispensables au suivi des populations. Les prélèvements réalisés dans différents pays alimentent directement les modèles démographiques utilisés pour définir les futures recommandations de gestion. Dans le même temps, les préoccupations du monde agricole sont prises en compte, notamment dans les régions où certaines populations d’oies provoquent des dégâts importants sur les cultures. La Bernache nonnette illustre parfaitement cette logique. Dans plusieurs pays d’Europe du Nord, les effectifs ont fortement progressé au cours des dernières décennies. Face aux impacts croissants sur l’agriculture et à certains enjeux de sécurité aérienne, des mécanismes de régulation encadrés ont été mis en place tout en maintenant un état de conservation favorable de l’espèce.

Pourquoi cette méthode reste-t-elle l’exception ?

L’exemple des oies européennes démontre qu’il est possible de gérer une espèce sauvage en conciliant conservation, activités humaines et utilisation durable de la ressource. Pourtant, cette philosophie demeure étonnamment marginale dans de nombreux autres dossiers liés à la faune sauvage. Lorsqu’il s’agit des grands prédateurs ou d’autres espèces générant des conflits avec les activités humaines, le débat quitte souvent le terrain scientifique pour devenir politique, émotionnel ou idéologique. Les mêmes principes qui font consensus pour les oies avec un suivi rigoureux, des objectifs chiffrés, une gestion adaptative et une réévaluation permanente des résultats, peinent alors à être appliqués avec la même cohérence. La réunion de Skövde rappelle pourtant l’évidence que la gestion de la faune sauvage fonctionne mieux lorsqu’elle s’appuie sur des données solides plutôt que sur des convictions. Les chasseurs européens participent depuis longtemps à cette production de connaissances et contribuent au financement comme à la collecte d’informations de terrain. Le succès de l’EGMP démontre qu’une gestion moderne de la biodiversité n’est pas incompatible avec la chasse. Bien au contraire. Elle montre que la conservation la plus efficace est souvent celle qui accepte de regarder les chiffres avant de défendre des positions de principe.

 

Crédit photo FACE

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