Après dix ans d’interdiction, la chasse en Albanie pourrait faire son retour dès 2026

Interdite depuis 2014, la chasse en Albanie pourrait bientôt faire son retour. Soutenu par le gouvernement, les chasseurs et plusieurs organisations de conservation, le pays prépare un nouveau cadre de gestion de la faune sauvage. Une évolution qui intervient après un long moratoire, dont les résultats et les conséquences continuent d’alimenter le débat.

Pourquoi la chasse en Albanie a été interdite pendant plus de dix ans ?

La chasse en Albanie est suspendue depuis 2014. Cette année-là, le gouvernement d’Edi Rama a instauré un moratoire de deux ans sur tout le territoire. Les autorités voulaient alors protéger des populations animales en déclin et freiner le braconnage. L’objectif consistait aussi à réorganiser la gestion de la faune sauvage. Une interdiction de chasse prolongée à plusieurs reprises. En 2016, le Parlement albanais a étendu le moratoire jusqu’en 2021. Puis, en 2021, les autorités ont décidé de le maintenir jusqu’en 2026. Pendant cette période, la chasse de loisir et la chasse commerciale sont restées interdites. Seules quelques dérogations de régulation ont été accordées.

Cependant, ce choix a alimenté le débat pendant plus de dix ans. Les associations de protection de la nature ont soutenu cette mesure. Elles espéraient favoriser le rétablissement des espèces sauvages. De leur côté, les fédérations de chasse ont défendu une autre approche. Elles ont régulièrement plaidé pour une chasse réglementée et mieux encadrée. Par ailleurs, plusieurs acteurs ont estimé que le moratoire n’avait pas atteint tous ses objectifs. Selon eux, le braconnage a continué de progresser dans certaines régions. En parallèle, les structures locales de suivi de la faune se sont affaiblies. Les chasseurs ont également dénoncé la disparition progressive d’une présence régulière sur le terrain.

Aujourd’hui, l’adoption de la loi 89/2025 une nouvelle étape. Le gouvernement, les chasseurs et plusieurs associations de conservation travaillent désormais sur un modèle inspiré des pratiques européennes. Leur objectif est de remplacer le moratoire par une gestion durable de la faune sauvage.

paysage d'albanie

Que chassait on en Alabanie avant ce moratoire ?

Avant l’instauration du moratoire en 2014, la chasse en Albanie concernait principalement le petit gibier, les oiseaux migrateurs et certaines espèces de grand gibier. Les chasseurs recherchaient notamment la caille des blés, le faisan commun, le lièvre d’Europe et plusieurs espèces de perdrix. Les zones humides du pays, comme les lagunes de Karavasta et de Narta, attiraient également de nombreux amateurs de gibier d’eau. Ils y prélevaient des canards, des sarcelles ou encore des oies sauvages. Dans les régions montagneuses, le sanglier et le chevreuil figuraient parmi les espèces les plus convoitées. Grâce à sa position sur une importante voie migratoire, l’Albanie accueillait aussi des chasseurs étrangers, notamment italiens. Cependant, le manque de contrôle et l’importance du braconnage ont entraîné des prélèvements excessifs, y compris sur certaines espèces protégées. Cette situation a largement contribué à la décision du gouvernement albanais d’interdire la chasse en 2014.

Chasse en Albanie : vers une réouverture encadrée après plus de dix ans de moratoire

Après plus d’une décennie de moratoire, la chasse en Albanie entre dans une nouvelle phase. Le pays travaille désormais à la mise en place d’un modèle de chasse durable et de gestion moderne de la faune sauvage. Cette orientation bénéficie du soutien d’une large coalition. Celle-ci réunit les représentants du gouvernement, les chasseurs, les associations de protection de la nature ainsi que plusieurs organisations internationales.

Pour accompagner ce processus, la Fédération albanaise de chasse et de conservation a organisé une table ronde de haut niveau à Tirana le 22 mai 2026. L’événement s’est tenu en collaboration avec le ministère du Tourisme et de l’Environnement. Des représentants de la Fédération européenne de chasse et de conservation (FACE) et du Conseil international de la faune sauvage (CIC) étaient également présents. Cette rencontre a aussi marqué l’adhésion officielle de l’Albanie au CIC en tant qu’État membre.

les participants pour la table ronde de la réouverture de la chasse en albanie

( De gauche à droite : Enton Mele, Ádám Viplak, Jaroslaw Kuczaj, Thomas Paulic, le ministre Sofjan Jaupaj, Themi Perri, Srečko Žerjav et Cy Griffin lors de la table ronde à Tirana le 22 mai 2026. )

Une réouverture de la chasse en Albanie envisagée d’ici la fin de l’année

Les discussions organisées à Tirana ont montré un consensus croissant. Les organisations de chasse et de conservation estiment qu’une gestion responsable de la faune sauvage constitue la solution la plus crédible pour l’avenir. Elles mettent aussi en avant l’importance d’une gouvernance solide et d’une forte implication des communautés locales. Plusieurs organisations nationales de conservation ont souligné la qualité des collaborations menées avec les chasseurs albanais. La Société ornithologique albanaise (AOS) et la PPNEA ont notamment évoqué leur coopération sur des projets consacrés au lynx des Balkans et à l’ours brun. Elles ont également rappelé l’organisation d’ateliers d’identification des oiseaux pour les chasseurs et les suivis de cailles réalisés sur le terrain avec des chiens d’arrêt.

Le moratoire a favorisé le braconnage dans certaines régions

Les participants ont aussi reconnu les limites du moratoire. Dans plusieurs régions, le braconnage a progressé pendant l’interdiction. Par ailleurs, le suivi à long terme de la faune sauvage s’est affaibli. La présence des acteurs locaux sur le terrain a également diminué. Les parties prenantes ont rappelé qu’une absence totale de chasse réglementée ne garantit pas automatiquement une meilleure conservation. Selon elles, les résultats futurs dépendront surtout de systèmes de gestion efficaces, d’une bonne application des règles et d’une implication des populations locales.

Les échanges ont porté sur plusieurs aspects pratiques. Ils ont notamment concerné la stabilisation des territoires de chasse, l’organisation des gardes forestiers, les permis et les examens pour les chasseurs, la gestion des droits de chasse, la santé de la faune sauvage ainsi que les mesures de vaccination. Le rôle futur des associations locales de chasse a également été abordé.

chasse du sanglier en albanie

Les fédérations de chasse au cœur du futur dispositif

La FACE et le CIC ont insisté sur la nécessité de maintenir un lien fort entre les échelons locaux et nationaux. Les deux organisations souhaitent que les associations locales conservent un rôle central dans la mise en œuvre du futur système, sous la coordination de la fédération nationale. Les participants ont aussi souligné l’importance d’aligner le futur cadre albanais avec les accords internationaux de conservation, notamment l’AEWA et la Charte européenne de la chasse et de la biodiversité.

« Dans les 37 pays représentés au sein de la FACE, les traditions de chasse, les espèces et les systèmes de gestion varient considérablement, mais l’importance de fédérations nationales fortes et de structures de gouvernance claires demeure constante. » – Srečko Žerjav, vice-président de la FACE

« Il n’est pas nécessaire de convaincre les bons chasseurs de passer du temps dans la nature, de surveiller la faune sauvage ou de protéger les habitats. Ce dont ils ont besoin, ce sont des cadres, de l’autorité et des incitations pour que ces efforts soient efficaces et durables. » – Thomas Paulic, coordinateur du programme CIC

La Fédération albanaise de la chasse et de la conservation a également reçu les félicitations des participants. Malgré le moratoire, ses associations régionales ont poursuivi leur travail. Elles ont notamment participé à la détection et au signalement des crimes contre la faune sauvage pendant ces années difficiles. Au terme des échanges, l’ensemble des parties prenantes a estimé que l’Albanie disposait aujourd’hui d’une occasion majeure. Le pays peut désormais passer d’un moratoire à un modèle de gouvernance durable. L’objectif est d’obtenir des résultats concrets pour la faune sauvage, les habitats et les communautés locales.

Cet article est paru en premier sur LE CHASSEUR FRANCAIS