Chevreuil abattu à la bécasse : ces erreurs qui nuisent encore à l’image de la chasse

L’affaire a de quoi interpeller. Le 5 juin dernier, le tribunal judiciaire d’Argentan a condamné un chasseur de 63 ans après la mort d’un chevreuil tué alors qu’il chassait la bécasse sur sa propriété de Faverolles, dans l’Orne. Le retraité a reconnu les faits et assumé ses responsabilités en prévenant lui-même le garde-chasse après l’incident. Il devra payer 500 € d’amende. Une attitude honorable qui ne doit toutefois pas faire oublier les nombreuses infractions relevées par les agents de l’Office français de la biodiversité. Car derrière ce dossier se dessine une question plus large : comment de telles erreurs peuvent-elles encore se produire alors que la sécurité est devenue la priorité absolue du monde cynégétique ?

Un cumul de manquements difficile à justifier

Ce qui frappe dans cette affaire c’est l’accumulation des négligences constatées. Le tribunal a retenu plusieurs infractions : absence de plan de chasse pour le chevreuil, utilisation d’une munition inadaptée et surtout tir effectué sans identification formelle de la cible. Le chasseur a expliqué avoir cru tirer une bécasse et n’avoir aperçu qu’au dernier moment l’arrière-train d’un chevreuil. Une explication qui interroge nécessairement. La bécasse est un petit migrateur dont le comportement, la silhouette et les conditions habituelles de tir diffèrent radicalement de celles d’un chevreuil. La confusion paraît d’autant plus surprenante que le tir aurait été effectué à travers une haie, ce qui constitue déjà en soi une entorse aux règles élémentaires de prudence. Au-delà de l’aspect réglementaire, cette affaire rappelle qu’un tir ne doit jamais être déclenché sur une simple intuition ou un mouvement aperçu furtivement.

L’identification du gibier : une règle de sécurité non négociable

La remarque de la procureure résume parfaitement l’enjeu : « On ne tire pas sans avoir identifié. » Cette règle ne concerne pas seulement la bonne gestion des espèces chassables. Elle constitue avant tout le premier pilier de la sécurité à la chasse. Identifier formellement son gibier, analyser son environnement, vérifier son angle de tir et connaître ce qui se trouve derrière la cible sont des réflexes qui doivent être systématiques. Dans le dossier de Faverolles, les magistrats ont également relevé qu’un promeneur aurait pu se trouver derrière la haie. C’est précisément pour éviter ce type de situation que les formations dispensées aux chasseurs insistent désormais lourdement sur l’analyse préalable de chaque tir. Depuis plusieurs années, les fédérations départementales et la Fédération nationale des chasseurs ont considérablement renforcé les actions de formation et de sensibilisation à la sécurité. Les résultats observés dans les statistiques d’accidentologie montrent d’ailleurs une amélioration constante de la situation.

Une faute individuelle qui ne doit pas masquer les progrès réalisés

Il serait injuste de faire de cette affaire le reflet de la chasse française dans son ensemble. Les chiffres de l’accidentologie démontrent au contraire une baisse continue du nombre d’accidents graves et mortels depuis plusieurs décennies. Les chasseurs sont aujourd’hui davantage formés, davantage sensibilisés et soumis à des règles plus strictes qu’auparavant. C’est précisément pour cette raison que ce type de dossier choque autant l’opinion publique que les chasseurs eux-mêmes. Lorsqu’un tir est effectué sans identification certaine de la cible, c’est l’ensemble des efforts entrepris par le monde cynégétique pour améliorer son image qui se trouve fragilisé.

Le chasseur de l’Orne a eu le mérite de reconnaître immédiatement son erreur et de ne pas chercher à échapper à ses responsabilités. Mais cette honnêteté ne saurait exonérer des fautes commises. La sécurité ne supporte aucune approximation. Dans une chasse moderne qui revendique responsabilité et exemplarité, l’identification absolue de la cible avant chaque tir doit demeurer une règle intangible. C’est à cette condition que les progrès considérables enregistrés ces dernières années continueront de porter leurs fruits et que la chasse pourra convaincre au-delà de son propre cercle de pratiquants

Cet article est paru en premier sur CHASSONS